Saturation

1984-2017

« Le Stade Rennais F.C. a les ambitions de ses moyens et ne vendra pas à ses supporters des rêves inaccessibles à court terme. » (Communiqué officiel du club, février 2017).

Pigé les pégus ? Il faut vous le dire comment ? Il faut vous le chanter ? Alors je vais vous le chanter : « On-arrête-de-rêver ». En revanche, vous êtes invités à prendre vos places pour le Rennes – Nice. On va voir une sphère blanche se déplacer sur un rectangle vert. Aucun plaisir, aucune souffrance. Tiède. Moyen. Feutré. Soyons honnêtes : vous ressortirez du stade avec la frustration du benêt qui raisonne à court-terme. Temporisez ! Il y a tant de choses insipides à venir…

« Don’t dream responsibly »

Je m’appelle Kireg. Je suis né en 1984. Je supporte (sic) le Stade Rennais Football Club depuis longtemps. Philippe Delaye a égayé mes soirées. Philippe Delaye a pourri mes weekends. Comme n’importe quel fan d’un club de football, je suis tiraillé entre une passion – par définition irraisonnée – et ma logique pure qui me commande de ne pas m’investir émotionnellement pour les résultats sportifs d’une armada qui, somme toute, m’est étrangère. Oui mais voilà, Rennes est ma ville, et le Stade Rennais est mon club. C’est ainsi. On ne choisit pas. Hélas… Je me rêve parfois en Dijonnais, en Castelroussin , et mes samedis s’écoulent dans une indolence sportive totale. Le bonheur des simples d’esprit… d’équipe. Le reste du temps, le Rouge et Noir me possède comme la vodka premier prix possède l’alcoolique, comme la mauvaise haleine possède le Nantais.

Tout serait si simple… Une soumission…

Mais je m’appelle Kireg. Je suis né en 1984, et je veux rêver !

Car, oui, ce club, nous le possédons en retour. Cette appartenance ne doit rien à l’argent dépensé pour accéder aux gradins, elle s’inscrit plutôt dans ce qui permettra de différencier le petit du grand, le fade du brillant, le mort du vivant ; dans ce qui permettra au SRFC de ne plus être une SA à conseil d’administration, mais dans ce qui l’autorisera à s’ériger en symbole, en point de ralliement pour quiconque voudra bien s’y reconnaître.

Dès lors se pose la question : Un club de football est-il redevable envers ses supporters ? « Je paie ma place en Super U, je suis en droit d’attendre autre chose que ce fonds de jeu de bulots neurasthéniques. » Et là, les copines, je dis attention. Le problème avec ce raisonnement, c’est qu’il ne résiste pas à l’analyse distanciée. Un match de foot se termine bien souvent avec un vainqueur et… devinez quoi… banco : un perdant. De fait, le pauvre Lorrain ventru qui agite fiévreusement son étendard grenat en tribunes visiteur du Roazhon Park ne s’est pas fadé huit-cents bornes au volant de son AX pourrie pour le plaisir de se geler la couperose sous la pluie gallaise. Il l’attend, lui aussi, la victoire des siens, ces trois points qui l’aideront à redémarrer lundi matin. Et vous pouvez inclure toutes les réflexions prémâchées du genre « Y sont trop payés », « Des millionnaires en short », « Mouillez le maillot ! ». Pour info, les mecs du camp d’en face palpent autant que les nôtres, hein…

On ne peut pas refuser l’aléa sportif.

Dans un « sport » où les joueurs se marchandent comme la tonne d’acier, où l’on multiplie les phases de poules pour s’éviter les (mauvaises) surprises en coupe d’Europe, où les ligues fermées menacent de poser leur couvercle de plomb sur des championnats prochainement condamnés à leur triste gloriole, vous voudriez exiger le succès ? La beauté du foot, c’est tout l’inverse ; c’est son incertitude. La frappe de Danzé finira-t-elle en touche ou en tribunes ?

Alors pleurez ! Pleurez, tant que vous le pouvez !

Je vous entends gueuler d’ici. Calmez-vous…

Une chose – en revanche – nous est due : le respect ! Le respect de ce que nos sommes, le respect de ce que nous avons vécu.

Je m’appelle Kireg. Je suis né en 1984. Je suis une brique de l’édifice Stade Rennais, j’ai un cerveau, un sens critique, et je refuse d’être pris pour un con.

Non, monsieur Ruello, on ne peut pas accepter une théorique quatorzième place et se qualifier d’ambitieux. On est ambitieux, ou on ne l’est pas. On explique posément, respectueusement, un changement de la politique sportive sans prendre son interlocuteur pour un crétin (2).

Non, monsieur Ruello, on ne peut pas vendre systématiquement ses meilleurs joueurs et se qualifier d’ambitieux. On les vend pour assumer une réalité économique, et on l’assume face à des supporters désabusés, si souvent déçus.

Non, monsieur Ruello, on n’a pas l’ambition d’être un grand lorsque l’on a le comportement d’un tout petit. Je refuse que vous vous adressiez de la sorte à Cédric Guillou, la voix qui nous accompagne, nous, supporters, aux confins de la couverture radiophonique depuis toujours (3).

Non, monsieur Ruello, on n’est pas ambitieux quand on refuse la critique constructive et circonstanciée d’une presse indépendante. Quelle grandeur à distribuer les bons et les mauvais points aux journalistes, à leur refuser l’accès aux conférences de presse ?

Non, monsieur Ruello, vous ne pouvez pas dire tout et son contraire en l’espace de quelques mois.

Non, monsieur Ruello, on ne peut pas sortir les crocs alors qu’on est mis face à ses contradictions.

Non, monsieur Ruello, vos affirmations ne deviennent pas de facto des vérités, quand bien même vous les asséneriez avec l’assurance d’une morgue agressive.

Je m’appelle Kireg. Je suis né en 1984 et j’aime beaucoup George Orwell.

Au Ministère de la Vérité comme ailleurs, deux plus deux ne feront jamais cinq.

Quarante-six ans. Le compteur tourne…

Par Kireg

2 réflexions au sujet de « Saturation »

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