« Tous les feux sont aux Verts ! », par Jean-Marc Mézenge

Il plane, en ce moment, comme une douce atmosphère dans les traversées du Stade de la route de Lorient. Ce sont sans doute les cinq derniers matchs* sans défaite des Rouge et Noir qui donnent cette impression de bonheur contagieux, voire d’euphorie,  qui entoure le club et son environnement, avant, pendant et après les matchs.

La qualification pour une finale de la coupe de la Ligue programmée le 20 avril prochain au Stade de France contre l’AS Saint Etienne est sans doute aussi une bonne raison de croire en notre étoile ou, à défaut, en notre année.

C’est évident, « tous les feux sont au vert » avant de constater, très bientôt, que « tous les Verts seront au feu » pour une guerre sportive. Mais n’y voyez là aucune métaphore à connotation provocatrice sur notre duel à distance avec le club de Fabien Lemoine, notre Breton stéphanois.

Pour croire en nos chances de vaincre le signe indien, de franchir cette fameuse marche « infranchissable « ou d’écrire une ligne supplémentaire à notre palmarès bien maigre depuis 42 ans**, le club va devoir se sortir de ce climat ambiant propice aux comportements anesthésiques, voire paralysants, comme ce fut le cas un soir de printemps 2009 où les Rouge et noir, pas ceux qu’on aurait aimé, ont gagné leurs lettres de noblesses dans un déchirement affectif incommensurable.

Si je remue volontairement le couteau dans la plaie, c’est pour me remémorer le cauchemar du 9 mai 2009. Je nous (les supporters) revois arpentant les allées du Stade de France sûrs de notre force et convaincus que « Rennes allait réveiller sa légende ». A nous voir trop beaux et à trop vouloir atteindre cet objectif obsessionnel, on en avait oublié l’essentiel : « une finale, ça se gagne, ça ne se joue pas ! » et je rajouterais « et encore moins, avant, dans les têtes ! »

Alors ne tombons pas dans le piège de penser que, aujourd’hui sur le bord de la Vilaine, « tout va bien dans le meilleur des mondes » car en football la réalité du terrain rattrape tous ceux qui trichent avec la réalité du jeu. Et sur le jeu, il y a sans doute des constats objectifs à faire avant de tomber dans des certitudes qui entretiennent le paradoxe d’une équipe qui ne perd plus mais qui frôle, presque à chaque  fois, la désillusion.

Certes, les hommes de Frédéric Antonetti ont quelques motifs de satisfaction lorsqu’ils regardent aujourd’hui le classement de la Ligue 1 mais ils ne doivent pas tomber dans de l’autosatisfaction qui ne ferait que générer un excès de confiance ou un trop plein d’insouciance sur les combats hebdomadaires qu’il reste à gagner avant le bouquet final et avant la dernière ligne droite du championnat. Donc, restons humbles, concentrés et ambitieux sans tomber dans trop de positivisme béat car, malgré beaucoup d’indices de satisfactions, le football reste souvent une science inexacte.

Malgré tout, Pierre Dréossi peut se frotter les mains, notamment sur la gestion de son mercato d’hiver avec la vente de Yann M’vila,  enfin casé au Rubin Kazan. Il peut aussi « savourer » les arrivées de joueurs apportant une valeur ajoutée en expérience (Mensah, Ilunga, Alou Diarra) à défaut de spéculation de valeur d’actifs-joueurs. Mais il devra être, cette fois-ci, vigilant sur la gestion des transferts et rentabiliser un effectif qui a gagné en maturité mais pas forcement en valeur marchande.

Heureusement que  «l’irrésistible ascension, non pas, d’Arturo Ui » mais de Romain Alessendrini et de Julien Féret, l’un en équipe de France et l’autre à la porte entrouverte, vient équilibrer des perspectives financières de conjoncture. Bravo donc aux recruteurs car cela sent la bonne affaire ! Ces deux symboles de joueurs aux profils atypiques  sont passés à travers les mailles du centre de leur club formateur, trop sûr de son savoir-faire pour entrevoir le potentiel de joueurs du cru qui se révèlent actuellement dans un autre contexte. Julien est revenu à la maison. Espérons que Romain ne soit pas trop rapidement tenté par le chant des cigales. L’expression « Nul n’est prophète en son pays » qui arrange tous les nuls qui n’ont pas reconnu le prophète dans leur pays vient bafouer la réussite insolente de ces « déchets de la formation française ». Ils ont suivi un chemin de traverse pour construire leur avenir au plus haut niveau. A méditer dans l’optique de la rénovation de la formation Rennaise.

Enfin, je garde le meilleur pour la fin sans feindre mon admiration pour celui qui a confirmé son talent de meilleur joueur à la Coupe d’Afrique des Nations. Jonathan Pitroipa, dit l’anguille, a confirmé son talent et sa valeur dans une compétition internationale. C’est un atout supplémentaire avant « la finale de la rédemption » mais aussi une aubaine pour valoriser un capital-joueur qui avait subi une forte dépréciation avec le feuilleton M’Vila. Réflexion faite, « Il y a une vertu positive de l’échec ***» sauf pour ceux qui n’en n’ont pas.

En attendant, vous dis-je, « Tout les feux sont aux verts », mais n’est ce pas cela le plus inquiétant ?

 

*  ½ finale de la coupe de la Ligue : Rennes – Montpellier (2-0), Bastia-Rennes (0-2), Rennes-OM (2-2), Lorient-Rennes (2-2), Rennes-Toulouse (2-0). 

** Vainqueur de la Coupe de France en 1971, contre Lyon au Stade de Colombes à Paris, 1-0 but sur un penalty d’André Guy. 

***www.lenouveleconomiste.fr/il-y-a-une-vertu-positive-de-lechec-13080/

 

Par Jean-Marc Mézenge

Jean-Marc Mézenge est l’ancien adjoint de Raymond Kéruzoré et consultant sur France Bleu Armorique.

Une réflexion au sujet de « « Tous les feux sont aux Verts ! », par Jean-Marc Mézenge »

  1. Bon article ; un bémol, quand même, sur la phrase « les arrivées de joueurs apportant une valeur ajoutée en expérience (Mensah,…) ; l’expérience constitue une valeur ajoutée pour ceux qui peuvent la mettre en service et, pour l’instant, je crains qu’il ne soit, au SFRC, le plus grand titulaire dans la catégorie « blessé »;

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