Un match, deux scénarios

Ce mercredi, le Stade rennais joue un match qui devrait marquer un tournant dans sa saison, et peut-être même son histoire. La preuve avec ces deux scénarios différents, dont le point de départ reste le résultat de la demi-finale contre Montpellier.

Le scénario catastrophe

Mercredi 16 janvier. Le Stade rennais connaît une nouvelle désillusion en s’inclinant face à Montpellier en demi-finale de la Coupe de la Ligue. Les Rouge et noir ont longtemps mené 3-0 (byclette rageuse d’Erding, tête victorieuse de Mensah et lob des 40 mètres d’Apam, qui marque du tibia en voulant se dégager), mais se sont écroulés en toute fin de match. Herrera inscrit un triplé dans le temps additionnel, et Montpellier emmène Rennes en prolongation, puis aux tirs au but. Au terme de la séance, Rémy Cabella inscrit le but vainqueur en réussissant un coup du foulard, devant un Abdoulaye Diallo médusé (il avait remplacé Costil en début de match, victime d’une rupture des ligaments croisés).

Dépité, Frédéric Antonetti craque lors de la conférence de presse d’après-match. Pestant contre la jeunesse de son effectif, la différence de budget entre les deux équipes, et le manque d’indulgence de la presse, il finit par envoyer sa chaise au visage d’un journaliste qui avait commis l’outrage de le questionner sur la mauvaise adaptation tactique de son équipe à la réorganisation du jeu montpelliérain à la mi-temps, en hurlant : « ET NE DITES PAS QUE JE SUIS EN COLÈRE, C’EST DE LA PASSION, PUTTANACCIA !! ».

Dépassé par la tournure des événements, Frédéric de Saint-Sernin est bien obligé de faire respecter le règlement intérieur du club, et met à pied son entraîneur pour une semaine. Le dimanche suivant, dans un stade Jean-Laville de Gueugnon désert, Bastia bat le Stade rennais 1-0, Landreau marquant l’unique but du match sur penalty, en réussissant une panenka devant un Abdoulaye Diallo médusé. Sur le banc, Jean-Marie De Zerbi est expulsé après avoir insulté l’arbitre : ses propos ayant été prononcés dans un stade quasi-vide, ils sont audibles par tous les téléspectateurs de beIN Sport. Pour l’exemple, la LFP décide de le suspendre jusqu’à la fin de saison.

Privés de parcours en Coupe de France, les Rouge et noir finissent leur saison de Ligue 1 dans une ambiance délétère. Pourtant, la venue de l’OM à Rennes a pour don de surmotiver Alessandrini, qui brille face à son « club de cœur » en réussissant un hat-trick et ouvre, face aux médias après le match, la porte à un transfert sur la Canebière en fin de saison. Malheureusement, l’OM l’emporte 4 buts à 3, grâce à un ahurissant quadruplé de Jérémy Morel, qui dédicace sa performance à Christian Gourcuff, lequel jubile en tribune. Le lendemain, L’Équipe compare la performance du latéral gauche à celle d’Alexander Frei neuf ans plus tôt.

La suite n’est qu’un pénible chemin de croix pour les Rennais, qui ne parviennent pas à enchaîner deux résultats positifs de suite. Pire : le PSG vient se venger de sa défaite de l’aller, ridiculisant les Rennais (5-0, quadruplé d’Ibrahimovic et but de Boye, qui réussit un retourné acrobatique en pleine lucarne, mais contre son camp, devant un Abdoulaye Diallo médusé) en choisissant volontairement de n’aligner que neuf joueurs dès le début du match.

Face à la presse, Antonetti taille désormais ses joueurs ouvertement, notamment Mevlüt Erding qui menace de partir rejoindre Yann M’vila aux Queens Park Rangers. En dépression, Julien Féret part se ressourcer en avril dans ses Côtes d’Armor natales, alors que Romain Danzé est dépossédé du brassard de capitaine (qu’Antonetti donne à Théophile-Catherine), et se met d’accord avec Saint-Étienne pour un transfert en juin. À l’issue du championnat, le Stade rennais sauve in extremis sa place en Ligue 1, ne devançant Nancy qu’à la différence de buts. Furieux de la tournure des événements, François-Henri Pinault renoue avec Patrick Le Lay et le charge de réinstaurer une saine relation entre le club et son public. Durant l’été, sans explication, le RCK est dissout par la préfecture, et le prix des places augmente de 150 %.

En fin de contrat, fragilisé, Frédéric Antonetti reste malgré tout au Stade rennais. Il est nommé directeur du centre de formation en remplacement de Patrick Rampillon. Pour le suppléer et « pour mettre un peu d’ordre », Pierre Dréossi décide de faire appel à Vahid Halilhodzic (limogé de son poste de sélectionneur de l’Algérie après une CAN catastrophique en janvier) pour la saison suivante, avec l’ambition d’obtenir le maintien plus tranquillement.

Le scénario de rêve

Mercredi 16 janvier. Le Stade rennais s’offre son billet pour une nouvelle finale au Stade de France. Montpellier, battu 1 à 0, n’a plus que ses yeux pour pleurer, et pourra regretter longtemps ce ballon de la 89ème minute, mal dégagé par Cabella, que Mensah expédie en pleine lucarne d’un tir puissant des 25 mètres. En pleine communion avec son public, l’équipe rennaise reprend confiance. Et ce n’est pas un hasard si Romain Danzé, transcendé par la perspective de soulever enfin un trophée avec son club formateur, commence à imiter Alessandrini en multipliant les « top buts » sur des frappes spontanées des 30 mètres.

Première victime : Mickaël Landreau avec Bastia, qui, dégoûté, ne peut arrêter le missile expédié par le capitaine rennais dans sa lucarne, sous les applaudissements du public gueugnonnais. Dans la foulée, le Stade rennais enchaîne une série de huit victoires consécutives, couronnée par les premières sélections en équipe de France d’Alessandrini, Pajot, Féret, Danzé et KTC. Après une victoire contre Marseille (quadruplé d’Erding, que Ouest-France compare à Alexander Frei dans son compte-rendu du match), les Rennais prennent ainsi leur revanche en battant Lorient (retourné acrobatique de Danzé en pleine lucarne d’Audard).

En avril, c’est le moral au beau fixe que les Rennais préparent leur finale de Coupe de la Ligue. Trouvant son secteur offensif un peu trop juste en nombre, Frédéric Antonetti obtient de Pierre Dréossi le recrutement d’un joker en attaque. Et c’est finalement Nicolas Fauvergue, indésirable à Reims, qui arrive au Stade rennais. Victime des quolibets du public à son arrivée, l’ancien lillois retourne les supporters en multipliant les buts décisifs. Cantonné au rôle de remplaçant, c’est sur le banc qu’il débute la finale de la Coupe de la Ligue, contre le LOSC. Mais c’est lui qui offre le trophée au Stade rennais, marquant le but du 2 à 1 dans le temps additionnel, d’une tête qui lobe Elana. Ivre de bonheur, l’attaquant confie que le Stade rennais a toujours été « le club de son cœur », et les supporters lui érigent une statue, devant le stade, quelques mois plus tard.

Sur un nuage, Romain Danzé soulève la coupe et entame trois tours d’honneur en dansant la gavotte avec ses coéquipiers, tandis que Jacky Sourget chante « Galette-saucisse je t’aime » dans le rond central.

Débarrassés de leurs complexes, assurés de figurer en coupe d’Europe la saison suivante, les Rennais terminent la saison totalement libérés, enchaînant les victoires devant des supporters en délire. Cette fois c’est sûr : mieux que la Ligue Europa, c’est à la Ligue des champions que le SRFC va enfin goûter. Se mêlant à la lutte pour le titre de champion de France, les Rouge et noir sont proches d’y parvenir, mais s’inclinent avec les honneurs devant l’Olympique lyonnais. Pas grave : le titre est promis aux Rennais pour 2013-2014, même Pierre Ménès le dit.

Dans l’euphorie, Pierre Dréossi tente de faire prolonger Antonetti, devenu une icône, mais l’entraîneur corse donne ses faveurs au challenge que constitue la proposition du Paris Saint-Germain. Sa dernière déclaration en tant qu’entraîneur du Stade rennais est pour féliciter John Boye, sacré meilleur joueur du championnat : « Quand il est arrivé, personne ne croyait en lui, mais moi j’ai vu son potentiel, et je savais qu’il deviendrait un grand défenseur ». Deux semaines plus tard, Boye signe lui aussi au PSG, moyennant la somme de 25 millions d’euros.

Fasciné par la qualité du jeu rennais, c’est finalement Pep Guardiola qui reprend l’équipe, avec Mickaël Pagis et Laurent Huard comme adjoints. Sous la houlette du technicien catalan, soucieux de donner une forte identité au club, l’équipe rennaise concilie formation et projet de jeu. En quelques mois, Guardiola parvient à aligner une équipe constituée quasi uniquement de joueurs issus du centre de formation en faisant notamment revenir Lemoine et Didot (seul Daniel Alves, recruté à l’inter-saison, fait exception), et déclare que Julien Féret est son digne successeur. Une politique qui porte ses fruits, puisque le Stade rennais obtient le titre de champion, et atteint les quarts de finale de la Ligue des champions. Cette fois, c’est sûr : le Stade rennais a enfin franchi le pallier qu’il visait depuis si longtemps.

Par Sylvain

7 réflexions au sujet de « Un match, deux scénarios »

  1. Bravo à Sylvain !
    J’avoue que j’ai beaucoup rigolé au scénario catastrophe. Tu aurais pu annoncer aussi la faillite du groupe Pinault, la mise en liquidation du Stade Rennais et son redémarrage en CFA 2 sous la houlette de Bergeroo !

  2. Ah tiens, le blog publie des parodies ?

    Le scénario catastrophe est en effet très drôle et pourtant avec tout ce qui est déjà arrivé au Stade rennais, ce n’est pas si facile de trouver de nouveaux scénarii catastrophes.
    Le scénario de rêve : bof, on sait que ce n’est pas crédible 😉

  3. je préfère le scénario de rêve 😉
    Il me fait rêver !!! (c’est l’idée) et j’ai envie d’y croire !
    Cela commence demain, j’y crois…. La fierté bretonne, un superbe Bro Gozh, des Gwenn ha du partout et la victoire…. enfin au Stade de France, renomé Stade de la Bretagne libre !
    Bevet Breizh
    Capitaine

  4. Franchement un milieu Didot-Lemoine-Feret me ferait rêver et serait vraiment compétitif c’est ça le pire…
    Sinon très drôle et le scénario rêver avec fauvergue et tout est vraiment énorme !

  5. Vraiment un excellent billet. Moi aussi j’ai trouvé le scénario-cata très amusant. Ca contribue aussi à faire monter la pression pour le match de ce soir et c’est très bien.
    Pour le scénario de rêve, tu aurais peut-être pu imaginer que le Qatar rachète Rennes pour équilibrer laLigue 1 et recrute Messi pour l’année prochaine.

  6. Je viens de relire ce post. C’est franchement hilarant et surtout ça nous change de certains sujets pleins de prétention.

  7. Yes !!! C’est le scenario de rêve qui se met en place. Alors ? Un déclic historique pour le Stade Rennais ?

    Niquedouille: je vois très bien à quoi tu fais référence: un blogueur compulsif adepte des jeux de mots douteux et des messages dénués de fond.

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